Le moment est venu pour nous de vous raconter la semaine 2 et la semaine 3 de notre stage.
C'est après avoir passé la semaine 1 dans le service de néonatalogie que nous avons entamé notre travail aux urgences du CHRR pour 5 jours au total.
Lundi 13 juin, nous débarquons donc dans le couloir sombre qui fait office de service pendant la rénovation des locaux de l'unité. Les soignants nous indiquent la salle de garde dans laquelle nous nous changeons entre une armoire et un lit à étage. Nous nous apercevons qu'elle fait également office de salle de soins et de bureau pour la Major. Elle nous rappelle les salles de néonatalogie par sa taille exigüe. La visite du service ne dure pas longtemps puisque ce dernier se résume à une salle d'hospitalisation comprenant 6 lits et au tri placé sous une cage d'escalier.
A Antsirabe, lorsqu'un patient arrive aux urgences, il est accueilli au tri par les soignants qui effectuent les premiers soins d'urgence si nécessaire. Ensuite, il est redirigé selon la stabilité de son état et de sa pathologie. S'il ne rentre pas à domicile, il peut être hospitalisé soit dans un autre service de l'hôpital, soit aux urgences même.
Le service de fortune, imposé par les travaux en cours dans les locaux d'origine, nous fait penser à un hôpital de guerre. Les lits sont rudimentaires, en bois ou en métal et ne permettent pas de manoeuvre comme redresser le dossier. Les matelas sont recouverts d'un drap vert militaire, il n'y a pas de table de nuit mais une chaise par garde malade. Aucune intimité n'est préservée car les lits sont rapprochés à moins de 2 mètres les uns des autres et aucun rideau ne les sépare. L'étroitesse de la pièce n'empêche pas les vas et viens incessants des médecins, infirmiers, stagiaires, familles, ...
La "salle" de tri se situe à l'entrée du bâtiment tout de suite sur la droite. Elle est délimitée du reste du couloir par un paravent et une table haute qui fait office de bureau. Deux brancards permettent le début de la prise en charge.
Se surajoutant à cet environnement un peu froid, la météo grise et humide nous laisse une impression particulière. Pour contraster avec cette ambiance un peu glauque, l'équipe soignante nous accueille chaleureusement en nous intégrant dans le service par des questions, des explications en français, des transmissions sur les patients et un intérêt pour notre présence.
Nous n'avons passé que deux jours (et quelques heures) dans ces locaux. Effectivement, la journée de mercredi a dû être écourtée pour cause de maladie fulgurante et les deux journées suivantes ont été consacrées aux 110 ans du CHRR et au trajet pour Morondava (voir les articles correspondants).
A partir du lundi suivant, le 20 juin, les Urgences ont réintégré leurs quartiers pour le plus grand plaisir de toute l'équipe.
C'est mardi 21 juin que nous avons fait notre come-back aux Urgences pour découvrir un service "tout neuf" comportant une salle de tri avec 3 box et une salle d'hospitalisation de 8 box. Les lieux sont lumineux et aérés, ils préservent l'intimité du patient, lui offrent un meilleur confort et garantissent à l'équipe des espaces de travail délimités et organisés. Comble du mieux, il fait beau et le soleil nous réchauffe!
Maintenant le décor posé, place au compte rendu réduit de nos nombreux apprentissages. Durant 5 jours, nos observations et les explications de nos différents collègues nous ont permis de découvrir un peu plus profondément comment fonctionne le système de santé malgache. L'absence d'assurance, la nécessité pour chaque soigné de payer la moindre petite compresse, le médecin ou les infirmières qui parfois payent des médicaments de leur poche pour leur patient, les examens paracliniques quelques fois essentiels à la pose du diagnostic mais irréalisables par manque d'argent, les politiques qui posent leurs priorités sur l'armée et sur la police plutôt que sur la santé et qui font beaucoup de promesses sans rien réaliser par la suite, ...
Tout ceci force les médecins à développer un sens aigu de l'observation clinique que nous avons pu apprécier et questionner tout au long de ces 5 jours. En effet, puisque les moyens sont limités, les diagnostics sont souvent posés sur une base purement clinique. C'est un élément qui nous a beaucoup frappé et impressionné car c'est souvent sans la confirmation des examens complémentaires que les traitements sont débutés, ce qui est très rare en Suisse.
Les urgences accueillant tout type de problème de santé rencontré à tout âge de la vie, notre stage dans ce service a été un bon moyen pour nous de nous rendre compte des pathologies les plus fréquemment rencontrées à Antsirabe. Grâce à l'équipe qui a répondu à nos questions et à notre immersion dans la culture, nous avons pu faire des liens entre les facteurs de risque, les moeurs, l'espérance de vie (55 ans à Madagascar !!!) et les soucis de santé rencontrés.
Nous avons également eu la chance de nous familiariser avec leur organisation, bien différente de la nôtre. Les dossiers patient sont écrit uniquement à la main et rangés dans des fourres A3 (une fourre par box). La première consultation est transcrite sur une feuille A4 par le médecin qui remplit quelques données personnelles nécessaires à la prise en charge et qui répertorie son anamnèse et son examen physique ainsi que les CAT (Conduites A Tenir). Les soignants écrivent leurs prises de contrôle et observations du jour dans un petit cahier propre à chaque patient hospitalisé. Les dossiers sont archivés grâce à une feuille de décalque qui transpose le texte sur une deuxième feuille. A la lecture de ses dossiers, nous avons pu nous rendre compte des différences de vocabulaire professionnel existant entre nos abréviations et les leurs ainsi que sur le choix des mots médicaux utilisés.
Ce stage aux urgences nous a aussi permis de pratiquer quelques soins techniques et de nous affirmer un peu plus dans notre positionnement professionnel, de travailler notre attitude relationnelle et communicationnelle et d'être dans la réflexivité permanente avec les soignants de l'équipe et au sein de notre binôme.
En prenant un peu de recul, nous sommes capables de réaliser que le bouleversement que nous avons ressentis dans le service de néonatalogie nous a préparées à cette étape aux urgences. Nous avons bien sûr ressenti un choc à notre arrivée et avons plus d'une fois été confrontées à nos questionnements mais l'impact de la première vague de surprise était déjà passé.
Des sentiments variés ont à nouveau cohabité en nous durant ces 5 jours : impatience et patience, impuissance, relativisme, tolérance, perplexité, ...
Un passage court dans ce service mais tellement enrichissant et qui n'a pas fini de faire son voyage dans nos esprits, si vous voulez notre avis!
Prochaine étape pour la semaine 4 : une semaine de stage au centre médical Fandresena avec son lot de nouvelles expériences...
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| Service des urgences en rénovation |
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| Service des urgences en rénovation |
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| Nettoyage du service des urgences à l'occasion de la préparation de la fête des 110 ans du CHRR |
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| Même les murs ont droit au nettoyage par les étudiants! |
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| Salle d'hospitalisation du nouveau service |
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| Un box du nouveau service |